Mon initiation à moi… Part One

« En ce jour des Morts, il peut être avantageux de briser les idoles pourries » – Frater ESD

Très jeune je suis tombé sur des informations concernant un ordre secret, puissant, mystérieux, fils des Templiers, père de la Révolution française, de la Raison, du Bien, du Beau, du Juste, … Bref, d’un Ordre fantasmatique et bandant à souhait ! Ma mère m’avait d’ailleurs glissé à l’oreille : « ton grand père en était car il signait toujours avec trois points ». À entendre cela on ne peut douter qu’apposer trois points à sa signature ne peut que dénoter une forme élevée de spiritualité et marquer l’appartenance à un groupe très fermé et donc élitiste à souhait.

Plus tard, ayant un peu vieilli, j’ai commencé à lire sur cet ordre tout ce qui me tombait sous la main : témoignages, tuilleurs, rituels secrets, … J’ai pu alors rencontrer des membres de cet Ordre Très Secret, Très Vénérable, Très Comme-Il-Faut. Et là, je ne peux résister au plaisir de vous narrer, en guise d’aparté, cette première rencontre.

J’avais 20 ans alors et j’étais invité chez Monsieur X, père de la fille avec qui je sortais alors. Arrive à un moment donné du repas la question de cet Ordre, regard appuyé de X qui à la fin du repas me demande de le suivre dans sa bibliothèque. Là, il me demande ce que je connais de ce Prestigieux Ordre Vénérable. Je commence à dérouler tout le vide de ma connaissance, des dates, des noms, des rumeurs et là, il me dit tout de go « j’en suis depuis quelques temps » et pour preuve il me sort d’un attaché-caisse un objet triangulaire, un tablier, des gants. Stupeur et tremblement ! Il en est donc, tous ces ors, tous ces bijoux, toute cette lumière… On continue la discussion dont la conclusion est « je vais te parrainer pour que tu y entres ». Ouais, ouais, à 20 ans, il n’en fallait pas plus pour faire briller mon ego déjà bien sur dimensionné.

Cette rencontre sera suivie de l’entrée, non dans l’Ordre – faut pas rêver – mais dans un cercle d’amis et d’amies qui, eux aussi, en « étaient ». Quelques mois plus tard, ma copine d’alors devait être parrainée par cet Ordre, au sein du conventicule dans lequel son père était initié. Je ne pouvais venir bien sûr. Le grand jour du parrainage arriva. Je ne me méfiais pas, elle était avec son père au sein d’un Ordre Cosmique Moral irréprochable hein. Au fur et à mesure de la soirée, resté seul dans notre nid d’amour, l’angoisse devint de plus en plus pressante. J’avais l’impression que quelque chose était arrivé, qu’elle m’avait trompé avec un autre « parrainé » ou quelque chose comme ça. Vers 2 heures du matin, bruit de voiture devant la maison, des voix basses, des murmures, la porte s’ouvre, elle monte, elle se déshabille et se met au lit à côté de moi sans voir que je faisais semblant de dormir.

À un moment, elle me secoue et me dit « je dois t’avouer quelque chose », elle allume la lampe de chevet, me regarde droit dans les yeux, presque en larmes. Et là elle commence son récit : « Je t’ai trompé. J’ai pas baisé mais j’ai été loin quand même ». Après la cérémonie de parrainage, il y avait un repas chez un Frère – son parrain dans l’Ordre – et la soirée commença à être bien arrosée. À un moment son parrain lui demande de venir avec lui chercher du vin à la cave – ma copine naïve le suit – et là, celui qui devait la guider dans la voie de la morale, de la droiture, du bien et du beau, lui roule un patin, lui flanque sa langue de vieux bouc dans la bouche ! Il lui caresse les seins, essaye d’aller plus loin. Ma copine se défend, arrive à se détacher des avance du vieux (il a quand même 50 ans et ma copine 18 à peine). La soirée continue alors comme si de rien n’était. Enfin comme si de rien n’était dans ce genre de groupe. Un premier commence à se déshabiller, puis un autre, suit une première Soeur, puis une autre, et à la fin ils se retrouvent tous à poil, ma copine comprise. Belle éducation de la putain de morale par cet Ordre prestigieux ! Éducation à la débauche, ce qui ne peux que me plaire, sauf lorsque ces faux-cul viennent parler de Morale et d’éducation à la Beauté alors qu’ils profitent de la moindre occasion pour se foutre à poil, étalant des chairs mortes et puant le cercueil afin de faire croire qu’ils vivent encore. Ma copine semble, selon ses aveux, s’être retrouvée à embrasser un Frère, à se laisser caresser, partout – partout ! – à se laisser masser les seins, le cul, la chatte par un Frère, parrain de son père dans l’Ordre. Et cela devant son propre père bien sûr et devant sa belle-mère dans une atmosphère toute fraternelle que ne renierait sans doute pas Sade ! Le vieux Frère donc, il a quand même dans les 50 ans, met un point d’honneur à montrer et démontrer ce qu’est la Fraternité, la chaleur fraternelle, il essaye de pousser ma copine à baiser dans une des chambres, alors que les autres semblent s’amuser de leur côté. Ma copine semble avoir pu ne pas se faire enculer par le Frère en question – bien que je doute de cela. Selon elle le Frère lui a simplement roulé des patins, caressé les sein, mis un doigt dans la chatte, rien de bien méchant en fin de compte. Et tout cela devant le paternel ! Mais, elle lui demandera quand même de la raccompagner chez nous, ce qui me laisse à penser que tout n’est pas clair.

Et voilà le résultat : d’une cérémonie de parrainage qui devait marquer l’entrée de ma copine dans l’Ordre en tant que fille de membre, elle en ressort les larmes aux yeux après avoir subi les assauts de deux Frères trop échauffés par la fraternité. Et ma copine en était retournée car sous l’alcool, au milieu de vieux, elle s’est laissée aller, alors qu’elle ne désirait que la fidélité dans son couple. À posteriori cela me fait doucement sourire. Car ma copine d’alors est devenue un jour ma femme. Et lors de mon divorce d’avec elle, mes Frères et mes Soeurs ont osé jouer le rôle moralisateur : on ne trompe pas sa femme, on ne la quitte pas, on a prêté serment de moralité et d’honneur ! Dans ton cul oui ! Honneur, morale ? Où ? Où ? Où ? Dans mon cul comme toujours. Menteurs ivres de puissance ! Chiens pouilleux de vos race, que la peste soit de vos esprits bourgeois et putrides !

J’avais 20 ans donc, et cet Ordre m’a semblé alors bien pitoyable et minable. Un rêve s’est écroulé, une vison du monde s’en est allée. Et, sans aller jusqu’à penser que tous les membres de cet Ordre étaient des pervers ne cherchant qu’à se taper des jeunettes sous prétextes d’éducation, il y a quand même de quoi refroidir mes ardeurs à y demander mon initiation.

Une idée a quand même surgi dans mon esprit : essayons de voir plus loin et de découvrir si tout l’arbre est pourri ou s’il ne s’agissait là que de quelques pommes blettes.

J’ai alors continué à rencontrer des membres de cet Ordre, des membres issus de ses diverses branches. J’ai même rencontré les deux vieux qui avaient posés leurs mains sur ma copine. Cynisme de ma part. Les vengeances sont parfois longues. Et ils ne sont que des pions !

J’ai pu rencontrer des Frères ayant reniés leurs enfants pour une nouvelles femme, plus jeune donc plus spirituelle, j’ai rencontré des alcooliques fous et ivres de puissance, j’ai frayé avec des semi-hommes, des bêtes qu’un cordon jaune rendait presque sympathiques.

J’ai rencontré aussi certains être d’exception, des hommes et des femmes dans le sens noble du terme. Certaines de ces personnes m’ont vraiment parues sincères et dignes de confiances. J’ai pu alors me rendre compte que tout n’était pas pourri au royaume de l’ordre éternel des chevaliers blancs de la morale.

Les années ont passé et j’ai fini par demander mon initiation dans cet Ordre Saint et Orgueilleux. J’ai demandé cette initiation par ennui, par désir de me sortir un peu de mon train-train habituel. J’ai demandé mon initiation comme d’autres demande à recevoir Play Boy par correspondance.

Mais suite au prochain épisode…

Spartakus Freemann