Il y a eu une guerre ce 6 mai, et nous l’avons perdue

Il y a eu une guerre ce 6 mai, et nous l’avons perdue | L'Anarchiste Couronné


Par Spartakus FreeMann

Quand les loups arrondissent les angles autour de la pierre cubique.

« Dans le milieu même de l’éso, il y a – je l’affirme – deux camps qui ne peuvent cohabiter. Non ! Il n’y a pas – il n’y a jamais eu – de fraternité avec ceux qui un jour vous cracheront leur haine toute fraternelle dans la gueule ; non, il n’y a pas de grandeur d’âme à accepter de partager la salle humide avec une raclure raciste et fasciste – fut-elle pseudo-initiée »

Un sur cinq, mauvaise réception… Deux personnes sur dix dans la rue… C’est peu, c’est trop. Tout le monde se félicite que la blondasse soit écartée – cette fois au moins. Tout le monde pousse un gros soupir de soulagement.

Après, il y a Charybde et Scylla : un petit nerveux, vulgaire et pas populaire ; et son clone mou, ravalé de la façade et diplômé Dukan. Excusez du peu, le réveil est dur.

Il y avait un choix ce 6 mai, et ce choix devait se faire en avril. Rendez-vous raté ; électeurs ratés, demi fausses couches démocratiques – le joli maux que voilà ! Apeurés et aveugles, ils titubent vers l’isoloir, le confessionnal de leur haine, de leur humanité décomposée. On ne peut pas leur en vouloir – je me fracasse avec le caillou avant de leur jeter – 10 heures de purée inconsistante, de faux-semblants, de démarches titubées, de castrations minutées pour se réfugier dans l’adoration d’un écran plat. Chemin de mort, mais pas tout de suite. Non, d’abord il faut vivre effrayé le plus longtemps possible. Faire tourner la machine aussi – cette finalité qui fait avancer.

On s’indigne dans les villes du monde, mais pas en France ; pas trop ou alors trop peu. S’indigner c’est bien, c’est le premier pas vers les coups, la taule, les emmerdes. Ce moment délicat du début du voyage vers la fin de l’ennui. On s’indigne, on prend des coups, puis on continue. On se révolte, on hurle avec ses poings, voyez-vous. On ne se contente plus de défiler en rond sous l’œil amusé des médias, on se répand comme la peste, au mieux.

Mais la suite, l’orgasme, s’annonçait trop prométhéenne ; alors on s’arrête de se fâcher et on avance dans le rang vers le défécatoire d’une démocratie — qui ne l’est plus, ou alors je suis con, entendez-moi. Encore, les groupies du conducator de Neuilly, on les comprend ; les planteurs de radis aussi – il pleut, voyez-vous, le jardin peut attendre ; les socialistes de la place des Vosges, un peu que je les comprendrais si je ne les conchiais ; les chanteurs de la Marine à la croix de fer aussi — ils ont l’œil malin eux : prendre le parlement légalement, mes petits, comme le moustachu de Bohème. Mais moi, toute cette masse, cela me répugne, cela me donne la nausée – mais qu’ils crèvent sur place avant de tirer le rideau et de commettre l’irréparable !

Alors voilà que le mal est fait. Les indignés exultent devant les résultats, les néo-gauchistes se félicitent avec toutes les forces vives de la contestation au système létal actuel. Les cons ! Je les veux morts encore. Leurs grands yeux hébétés, je vais leur arracher moi, et ce sourire puant dévoilant des dents blanches, je vais le sceller au bec benzène ! Ils ont, ces débiles !, donné un cinquième de leur substance vitale à l’Hydre et ils semblent s’en arranger, presque jubilatoires, ces cons ! La Seine de la pensée de l’Élysée peut bien reprendre le programme de l’autre là, sa Blonditude bientôt écarlate, et la pâle copie, le Nounours barbituré revampé en minute-man, il suivra bien aussi.

Entendez-moi : la guerre a été perdue ce 6 mai. L’un ou l’autre, qu’importe ! c’est votre défaite. Trop tard. Il fallait cesser de s’indigner et monter aux barricades. J’y aurais bien vu le Sub-commandante aux côtés d’une troupe de black-blocks ; mon côté romantique, ça.

Mais non, rien n’a eu lieu, bande de couillons, rien ne se passera. Lundi prochain vous serez tous fidèles au poste – bars PMU, petits bureaux stasiques, enfers gris des villes – les yeux rouges, un peu étourdis, mais sereins, contents, imbéciles heureux d’être toujours enculés.

Et moi, qu’est-ce que je viens foutre dans ce bordel ? Je ne suis pas français ; je n’ai pas de carte d’électeur. Socialo-putrides ou libéro-génocidaires, ils ont gagné – et la Fille à Papa aussi, et le Borgne doit bien rire. Le grand gagnant de ces élections ce n’est pas un système économique ni une weltanschauung apocalyptique, le démocrate couronné cette année c’est la Peur. La vôtre, la nôtre.

Et donc ? Qu’est-ce que je fous là, à écrire et à vous écrire d’abord ? La Chaos Magic n’est pas anarchiste ou libertaire, gauchiste ; merde ! on s’en tape ! Eh bien non, je le croyais aussi, j’espérais que la Chaos pouvait être apolitique. En fait non, je me mentais, j’ose vouloir la Chaos insurrectionnelle, sauvage, anti-démocratique (sans le sens qu’on donne aujourd’hui à cette absence de pouvoir du peuple). On s’est bien amusé à philosopher dans le fumoir, rêvant que cette bouse ne nous tomberait pas sur la tête. Eh bien non, c’est raté.

Le mouvement de la Chaos que nous représentons tous individuellement ne peut pas être passif face aux dérives actuelles. Il ne s’agit pas de politique, mais de survie – survie de l’Être humain, survie d’une Idée, survie de la Joie, ne serait-ce que cela.

Un monde qui sombre béatement dans une mauvaise préquelle de 1984 et où la normalisation du discours nous veut repliés sur nos vesses, à nous regarder la blancheur de la queue, et nous, Chaotes, devrions nous contenter de nous astiquer le sigil en fermant bien fort les yeux ? Si c’est cela, alors la Chaos a crevé avant que d’être.

Que croyez-vous ? Que ceux d’en face – les adulateurs de la force et de l’ordre, ces fans de la blondeur et de la baguette labélisée France bien de chez nous – se complaisent dans l’inaction ? Dans le milieu même de l’éso, il y a – je l’affirme – deux camps qui ne peuvent cohabiter. Non ! Il n’y a pas – il n’y a jamais eu – de fraternité avec ceux qui un jour vous cracheront leur haine toute fraternelle dans la gueule ; non, il n’y a pas de grandeur d’âme à accepter de partager la salle humide avec une raclure raciste et fasciste – fut-elle pseudo-initiée.

J’en vois déjà – là, là-bas, oui – qui se gaussent dans l’enfermement d’une pose grandiloque et blasée : « la politique, c’est de la merde, on s’en tape ».

Merde toi-même ! Non, on ne s’en fout pas, car, l’inaction, la peur, la chiasse existentielle qui débouchent sur ce 6 mai et son résultat en forme de reflux de gogue, c’est bien notre faute à tous.

Et lorsqu’on frappera à votre porte, un jour, vous saurez que vous n’avez rien fait. Quand votre mode de vie tellement hype, cool, trop rebelz attitude deviendra leur terrain de chasse, vous pourrez alors jurer vos grands dieux que la « politique, c’est pas pour vous » et vous en prendrez plein la gueule.

La guerre est perdue depuis ce 6 mai, alors à quoi bon ? La Chaos plonge mythiquement, par des voies mystérieuses et faussées, dans la révolte instinctive contre le monde tel qu’il nous est imposé. Si ce monde devient plus horrible encore, notre devoir n’est-il pas de nous révolter plus encore ? De cesser d’accepter les compromis et compromissions avec le « camp d’en face », de cesser de croire en l’universalité de la tradition quand les loups arrondissent les angles autour de la pierre cubique, quand des Empereurs bouffons d’ordres anti-initiatiques se lancent dans une propagande chiasseuse, quand le complot judéo-maço-illuminato-rap devient le prétexte à une chasse aux sorciers – oh ! vous m’entendez encore ? Quand on accepte de lire, tous les jours, des délires racialistes, xénophobes, des discours puants à faire frémir nos fusils, mais… Mais que l’on ne fait rien. Qu’on accepte, qu’on normalise les choses en les enrobant dans une neutralité / neutralisation pseudo-initiatique…

Alors, moi le petit Spartakus FreeMann pamphlétaire de salon, épiscope chaote, mage divaguant, compagnon noir, je soliloque — vieux con ! au spectacle de cette Walpurgis Nacht qui pourrait bien être notre Ragnarok.

 Spartakus FreeMann, 2012.

Une nouvelle interface toute belle toute neuve pour EzoOccult

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Nouveau look du Webzine

Le Jihad Revisité – Hakim Bey

Au milieu des années 90 j’ai été invité à une grande conférence philosophique en Libye. J’ai écrit une courte intervention sur l’influence du néo-soufisme sur le colonel Kadhafi et son Livre Vert[1]. Je me demandais alors si les Libyens m’accorderaient l’autorisation de le lire. Après tout, Kadhafi était arrivé au pouvoir en 1969 en destituant un roi qui était aussi un maître soufi. Peut-être avait-il rejeté l’influence du soufisme sur sa propre vie & pensée ?

Il s’est avéré que les Libyens ont adoré mon papier & qu’ils m’ont dit qu’il était correct : en un certain sens, la révolution libyenne avait été dirigée, au nom du soufisme réformé, contre le soufisme corrompu. Malheureusement, Kadhafi lui-même ne s’est pas présenté à la conférence pour confirmer ou infirmer ce fait, mais je suis sûr qu’ils avaient raison malgré tout.

Le néo-soufisme est né au 19e siècle en réponse au soufisme autoritaire & corrompu de l’époque coloniale, & en partie en réponse au colonialisme lui-même. La résistance anti-française en Algérie fut menée par le grand Émir Abdel Kader[2], chef de la guérilla & brillant cheikh de l’école d’Ibn Arabi.

Les néo-soufis se distancièrent du concept médiéval du « maître » tout-puissant. À sa place, ils recherchaient l’initiation par les rêves & les visions. En Afrique du nord, l’Ordre Senussi[3] & l’Ordre Tijani, parmi d’autres, furent fondés par des chercheurs ayant été initiés dans leurs rêves par le Prophète Mahomet lui-même.

Les ordres néo-soufis furent également conçus & organisés en tant que mouvements réformateurs au sein de l’Islam, en concurrence avec le modernisme & le sécularisme d’un côté, & l’islamisme puritain salafiste/wahhabite de l’autre. L’éducation & la santé & les alternatives économiques au colonialisme étaient mises en avant par l’ordre Senussi en Libye. Lorsque la révolte armée contre la domination italienne éclata, les fuqara (derviches) senussi prirent sa tête.

Après l’indépendance, le chef de l’Ordre devint le Roi Idris 1er. Le jeune Mouammar Kadhafi, né dans un village senussi, de parents senussi, fréquenta les écoles senussis. En Angleterre pour un entraînement militaire dans les années 60, le jeune officier lut The Outsider de Colin Wilson & il se pénétra de certaines idées de la nouvelle gauche, comme les « conseils communistes » & la notion du Spectacle (confer le Livre Vert et la section sur le sport).

L’Islam libyen n’est pas fondamentaliste ainsi que le croient certains américains. En fait, il est anti-fondamentaliste. Les islamistes haïssent Kadhafi comme hérétique, innovateur & crypto-soufi. Les oulémas libyens (les autorités religieuses) ont déclaré les Hadith (les paroles traditionnelles du Prophète) comme étant non canoniques, ce qui est une position extrêmement « libérale ». Un Conseil des Ordres Soufis existe encore aujourd’hui en Libye & l’Ordre Senussi est encore en activité (« Sauf la branche royale » ainsi que me le rapporta un délégué libyen).

Partout ailleurs dans le monde islamique, cependant, le néo-soufisme a largement échoué à fournir un paradigme pour la politique ou la spiritualité contemporaine. « L’occidentalisation » & son jumeau réactionnaire, l’islamisme, ont rempli ce vide. Les anciens idéaux soufis de tolérance, de différence, de culture, d’art & de paix – ainsi que l’affirme le poète tunisien Abdelwahab Meddeb dans son The Malady of Islam (Basic Books, 2003) – sont méprisés à la fois par les modernistes séculiers & par les néo-puritains fanatiques.

Meddeb souligne également qu’en aucun cas les islamistes n’adhèrent aux « valeurs antimatérialistes ». Ils adorent la technologie & le Capital avec autant de ferveur que les occidentaux – pour autant que ce soit de la technologie « islamique » & de l’argent « islamique », bien sûr.

La synthèse du mysticisme & du socialisme, telle qu’envisagée par les penseurs anticapitalistes/antisoviétiques des années 60 & 70, comme Ali Shariati[4] en Iran & le colonel Kadhafi, semble être une cause perdue – tout comme le « socialisme du tiers monde » en général & le « neutralisme du tiers monde » également. Les termes eux-mêmes expriment leur vide historique : comment se pourrait-il qu’il y ait un troisième monde alors que le « second monde » a implosé & a disparu ?

La conférence à Tripoli s’est révélée comme un curieux cirque des « causes perdues », avec deux anarchistes de New York (nous avons été salués comme des héros pour avoir outrepassé l’interdiction de voyage vers la Libye), d’innombrables fronts de libération africains, l’intéressant philosophe de la nouvelle droite Alain de Benoît & quelques mecs rouge/brun australiens, deux charmants écolos turcs, un anarchiste slovène, une clique de maoïstes parisiens, etc. & une phalange de libyens hospitaliers, tout ce beau monde propulsé par de trop nombreuses tasses de café fort. Un docteur allemand a donné une conférence sur l’uranium épuisé en Irak. Un délégué néozélandais a raconté d’horribles histoires sur la privatisation de l’eau ; etc.

À un certain moment j’ai entendu un des maoïstes parisiens dire que l’unique & réel ennemi objectif de l’humanité n’était pas le capitalisme néolibéral ou global mais les USA. Sur le coup, j’ai considéré cette vision comme imprudente, en partie à cause de mon enthousiasme pour le Zapatisme, en partie parce que la ligne maoïste me semblait démodée. À cette époque, le néo-libéralisme était en pleine progression & une réponse globale nuancée me semblait plus vitale qu’un anti-américanisme de l’ère du Vietnam.

Dans une collection d’essais, Millenium[5], je m’interrogeais sur le besoin de trouver de nouvelles manières d’exprimer des stratégies anti-capitalistes dans une situation post-spectaculaire. Si le Zapatisme pouvait se baser tout autant sur la spiritualité Maya que sur l’anarchisme, peut-être que quelque chose de similaire pourrait advenir avec le soufisme. L’Islam contient un potentiel pour le socialisme dans sa condamnation de l’usure & dans son idéalisme communautaire (selon Ali Shariati). Le soufisme « sans loi » (bishahr) & certaines formes d’hérésies islamiques revêtent des aspects anarchistes. À cette époque je pensais que l’Islam était sur le déclin.

Le soufisme lui-même est parfois défini comme le « grand jihad » tandis que la guerre sainte est appelée « petit jihad ». La lutte afin de « vaincre qui vous êtes » devient prééminente. Mais l’ésotérisme n’est pas toujours quiétiste en Islam. Des soufis ont lancé des révolutions, dont les luttes anti-colonialistes/impérialistes des 19e & 20e siècles. Je fantasmais peut-être qu’il était alors temps qu’un zapatisme islamique émerge. Je l’ai d’ailleurs proposé dans la préface de la traduction turque de mon vieux livre, TAZ : Zone Autonome Temporaire[6].

Depuis 1996, deux changements ont eu lieu dans ce que l’on appelle la Fin de l’Histoire. Tout d’abord est apparu un néolibéralisme néoconservateur, c’est-à-dire les USA en tant qu’unique superpuissance & hegemon du triomphe final du Capital Global – en d’autres termes, l’Empire. Ensuite, il s’est avéré que l’islamisme puritain a été revitalisé par le gotterdamerung soviétique en Afghanistan. Les services secrets américains ont découvert une lampe magique & l’ont frottée – une fois, deux fois, trois fois – & alors le génie s’est échappé pour devenir le Vieil Homme de la Montagne. Les USA ont alors envahi l’Afghanistan & l’Iraq & se sont alliés à la droite israélienne. L’Islamisme devint d’une certaine manière l’Empire du Mal de la Pure Terreur. Il devint également l’anti-américanisme.

Peu de gens m’ont imprudemment complimenté pour avoir « prédit » ce Nouveau Jihad. Touts ceux qui ont jamais écrit un mot sur l’islamisme avant le 11 septembre sont aujourd’hui accablé par ce linceul. En fait, le jihad que j’ai « prédit » (ou plutôt imaginé) n’est pas encore advenu. Aujourd’hui, il est sans doute trop tard.

Du point de vue de l’Empire US, l’islamisme est le parfait ennemi car il n’est pas réellement anticapitaliste ou antitechnocratique. Il peut être subsumé en une grande image du Capital en tant que Loi de la Nature &, simultanément, être utilisé comme croque-mitaine afin de discipliner les masses par la peur & d’expliquer le pourquoi des misères d’un réajustement néolibéral. En ce sens l’islamisme est une fausse idéologie ou une « Simulation » comme le dit Baudrillard.

L’Amérique est l’ennemi parfait de l’islamisme car l’américanisme n’est pas non plus une véritable idéologie. La force brute, la kultur Macdisney, un « Marché Libre » orwellien & une économie « postindustrielle » effervescente basée sur les délocalisations de la misère de la production vers le tiers monde – tout ceci est bien loin d’atteindre le statut même terni de l’idéologie – tout cela n’est que simulation. « L’argent fait tout » comme le dit la sagesse populaire. L’argent est le seul maître de la parole ici & l’argent ne parle que pour lui-même. La « démocratie » est aujourd’hui un nom de code pour la coca-colonisation par bombes à fragmentation – « l’Islam » comme peste émotionnelle. C’est là un faux jihad.

Aujourd’hui (mai 2004), l’Empire s’étouffe dans une overdose de sa propre addiction à l’image, aux mensonges stupides, aux mass médias, à la politique en tant que porno minable. Rester en Iraq ou en « sortir » : les deux semblent tout aussi impossibles à imaginer – syndrome du Vietnam complété par les photos d’atrocités commises.

Si le régime actuel des USA change, au mieux nous pouvons nous attendre à un retour au globalisme néolibéral des années 90. Mais cela peut se révéler impossible & il n’est pas évident que les démocrates aient l’intention d’une telle retraite[7]. Comment se retirer avec grâce de l’impérialisme ?

Ce maoïste parisien avait-il raison en fin de compte ? Les USA semblent s’être mis dans une telle position de manière délibérée en s’aliénant l’Europe & en horrifiant le monde musulman. Ils se sont empressés d’embrasser le rôle d’ennemi de l’humanité & de rejeter ce qu’il restait de leur popularité en tant que défenseurs de la liberté.

Mais l’islamisme ne fournira jamais une négation dialectique à l’Empire car l’islamisme lui-même n’est rien d’autre qu’un empire de la négation, du ressentiment & de la réaction. L’islamisme n’a rien à offrir à la lutte contre le globalisme si ce n’est des spasmes de violence théofascistes stériles.

Américanisme & islamisme : que la peste soit de vos deux maisons[8]. Pour ce qui est du véritable jihad, il y a plus à attendre de ce qui se passe en Amérique du sud ou au Mexique que partout ailleurs.

Peut-être que lorsque le président Tweedledee & que l’imam ibn Tweedledum[9] s’égorgeront l’un l’autre sur CNN, quelque chose d’intéressant aura une chance d’émerger des barrios d’Argentine ou du Venezuela ou encore des jungles du Chiapas.

Hakim Bey, « JIHAD REVISTED », 5 juin 2004.

Traduction française par Spartakus FreeMann, octobre 2009 e.v.


[1] Le Livre vert est un livre publié pour la première fois en 1975, où le colonel et, de fait, dirigeant Mouammar Kadafi expose sa vision de la démocratie et de la politique. Le livre est divisé en trois parties : 1-Partie politique: l’autorité du peuple; 2- Partie économique: le socialisme; 3- Bases sociales de la troisième théorie universelle.

[2] Né en 1808 près de Mascara, Algérie, décédé le 26 mai 1883 à Damas, Syrie. Homme politique, chef militaire et chérif idrisside qui résista longtemps à l’armée coloniale française lors de sa conquête de l’Algérie et fut également écrivain, poète, philosophe et théologien soufi dans la lignée d’Ibn Arabi. Il est considéré le symbole de la résistance algérienne contre le colonialisme et l’oppression française.

[3] Confrérie religieuse musulmane fondée à la Mecque en 1837 par le Grand Senussi Sayyid Muhammad ibn Ali as-Senussi (1791–1859) qui s’est implanté en Libye, au Tchad, en Algérie, au Soudan, au Niger et en Égypte.

[4] Al Shariati est un sociologue, philosophe et un militant politique iranien né près de Sabzevar le 23 novembre 1933 et mort à Southampton le 19 juin 1977. Il est surtout connu pour ses études sociologiques sur les religions.

[5] Autonomedia, 1996.

[6] Autonomedia, 1985.

[7] En 2009, après la victoire d’Obama à la présidence américaine, les prévisions de Bey se vérifient à nouveau. Les démocrates, même si leur intention ont pu être de se retirer de l’Iraq, ne le peuvent pas : ni face à leur opinion publique ni face aux « faucons » des lobbies militaro-industriels.

[8] Citation de William Shakespeare, Roméo et Juliette, III, 1.

[9] Tweedledum et Tweedledee sont des personnages d’une comptine britannique écrit par le poète John Byrom, et popularisés par De l’autre côté du miroir (1872) de Lewis Carroll. En français, ils sont aussi appelés Bonnet Blanc et Blanc Bonnet.

Un break…

Voici quelques nouvelles, pas si neuves, du front incertain des sites web et du microcircuit connecté de l’éso francophone.

Melmothia, humble trop humble même, vient de relooker son site en migrant sur une nouvelle adresse et un nouveau serveur : Le Site de Melmothia. Vous y retrouverez tous ses articles et quelques nouveautés. Interface très agréable, sur le moteur wordpress habillé chez Arthémia. Fluide, sobre, j’adore et pas seulement parce que je l’aime (Melmothia pas Arthémia). en plus, vous avez maintenant la possibilité de partager les flux RSS ou encore sur Fesse Book (ce qui n’est pas négligeable si l’on considère un développement marketing visant une croissance du chiffre d’affaire et ce dans une atmosphère de marché revitalisée par les chiffres encourageants du chômage et de la reprise de la crise décroissance croissance, enfin euh je crois).

La SpartaSphèreWebique : tout d’abord, un peu lassé par mon blog, je viens de me lancer dans un nomadisme bloggueur pour une durée indéterminable : on pourra me lire ici : Spartakus sur Tumblr. Et puis on peut suivre quelques-uns de mes délires et comptes-rendus de voyages internétiques ici : Friendfeed. Outil un peu semblable à Twitter mais plus abouti graphiquement et dont la facilité d’utilisation permet de partager des petits bouts de web quand et où on le veut.

Vous pouvez reprendre une activité anormale dans la vie réelle outre-binaire.

Spartakus

Ce matin… Les séquelles…

Je te vois. Oui, je te vois. Oh, tu peux bien nier, mais en fait tu es comme tous les autres.

Bonne nouvelle : le H1NA, le truc dont on nous gave depuis des semaines, la grippe des cochons, et bien, en fin de compte, il va pas nous tuer. Imaginez un peu combien il est facile de détourner l’attention du bon peuple. Plus de fric, la crise, tout se casse la gueule, mais c’est rien tout ça, car l’apocalypse est à nos portes. Demain, on va tous crever si nous n’acceptons pas le vaccin-saint-chrême-miracle des labos pharmaceutiques. Vite courrez ! Mais courrez donc on vous dit ! Imbéciles ! Merde, il y a déjà eu quelques milliers de morts, alors ayez peur, tremblez, mouillez vos frocs ! Et pendant ce temps arrêtez de réfléchir – pour ceux qui réfléchissent encore.

Hier soir, je regardais un porno. Envie de gerber sur l’écran. Je regardais les yeux de cette fille qui se faisait défoncer le sphincter par un mâle hilare au sourire de sauterelle. Ses yeux ne disaient pas le plaisir, ses yeux se déversaient en une plainte muette. Qui peut penser que cette fille a véritablement voulu ça ? S’égorgeant avec une queue, à en râler de la bile, on dirait qu’elle veut en finir. Une sensation, un pressentiment de véritable maléfice, me monte dans les tripes. Dans mon fauteuil, le cul bien bordé de confort, je peux bien jouer l’empathie, mais elle ça lui fera aucun bien. Les mecs – oui ils sont plusieurs – fouillent le corps de la fille de tous leurs doigts, on dirait qu’ils cherchent Dieu sous les chairs et dans les orifices. Bave, semence, lubrifiant, tout se mêle dans la bouche de cette fille aux yeux vagues. Moi, je peux bien roter dans ma certitude, qu’est-ce que ça change ? « I want to fuck your ass, baby », « Oh yes, fuck me, I do love you » – zap !

Je te vois, tu sais…

En fait, l’humanité semble bien se résumer à ces deux épisodes. Entre peur et sauvagerie, voilà la human attitude depuis l’aube des temps. Je les vois ces gens, dans la rue, ils ne sont pas différents, ils ont juste choisi d’avoir peur en cocooning. Famille, travail, vacances ! Trio de la pâte à lâches. On dirait parfois des zombies, mécaniquement ils baisent, ils bouffent, ils partouzent en bouffant, ils s’échappent sur une île de la tentation improbable. De la fuit, ils se cachent d’eux-mêmes et si on ose les bousculer, attention danger ! Chasse aux sorcières, dangereux extrêmes-gauchistes autonomes ! Merde quoi, laissez-nous regardez la télé de 7 à 8 qu’on oublie qu’on ne vit que par procuration : nos enfants, nos boulots, nos dettes, notre voiture, les enfants dans la voiture garée dans l’allée de ce putain de pavillon de banlieue… Et la nounou passera s’occuper du chien pendant qu’on sera sur la plage à rôtir notre néant au four d’un pays dont on se fout. Clic-clac le vide est sur carte SD. Ça fera du temps à remplir en hiver avec les potes qu’on jalouse depuis qu’ils ont le nouvel écran LCD.

Et l’on voudrait que je ne regarde pas les yeux de cette fille à l’anus béant sur notre lâcheté ? Rigolez, rigolez bien, mais doucement pour ne pas couvrir le son de la pub.

Être Libre

blackTu n’en as pas encore eu assez ? T’es pas malade de tout ça ? Tu devrais. La maladie est ta manière de vivre. Prends cette pilule, fais ce travail, mais on ne te donnera jamais assez de temps pour cuisiner, alors bouffe ce repas tout fait.

Hey, ça peut te tuer… peut-être, mais pense aux pauvres enfants qui crèvent de faim en Éthiopie. Bien sûr, ton apathie pour la politique a contribué à cette merde, mais pense à eux ! Fais gaffe à ça, mange ceci, regarde cela, prends ta merde, bois ta bière et garde le sourire. Nous te dirons où tu dois aller et quoi faire.

Tu en as marre d’être acheté et vendu comme du bétail ? Es-tu un mouton ou une chèvre ? Tu veux être mené par le bout du nez ou pousser au cul les pasteurs, ensuite peut-être rendre fou le troupeau, exorcisant le Jésus qui est en eux ?

Il y a trop de tout de nos jours, tout ce qui – en un sens – n’est rien. Suivre les voisins et les modes tout en essayant de payer les factures alors que ton attention est distraite par des bécasses vides dans la boîte à conneries. Cela te pousse jusqu’à un point où l’attention devient un effort trop important et où les dépressions de la société deviennent un choix attrayant.

Et c’est exactement ce que NOUS voulons ! Les petits moutons fatigués poussés à courir par les chiens fidèles toute la journée jusqu’à ce qu’ils soient trop fatigués et se soumettent, ils se brisent. Qui sommes-nous ? Aujourd’hui, presque tout le monde… ton chef, tes gouvernants, les gens responsables de l’Île de la Tentation, du Juste Prix, toutes ces inepties déversées par la TV… une immense confédération sans visage essayant sans cesse de te pousser dans cette voie et qui te convertit en fidèle de tout ce que nous voulons.

Mais tu peux être libre. Tu peux signer ta petite Déclaration d’Indépendance aujourd’hui, renverser la table sur la gueule de cette alliance des idiots qui te prennent tout ce que tu as ! Comment ? En nous ignorant et en suivant ta propre route. Oui, c’est si simple. Qu’est-ce ça t’a apporté de nous offrir ton attention si ce n’est te distraire et de te déprimer ? À moins d’avoir fait cela, tu ne peux te posséder toi-même, même si tous tes besoins sont assouvis. Tu peux vivre la « vie » sauve, morte d’un serviteur ou tu peux la vivre de la manière dont elle était destinée à l’être, excitante et terrifiante mais, en fin de compte, libre.

Extrait de « The Black Iron Prison ». Traduction française par Spartakus FreeMann, août 2009 e.v.