Confessions d’un ésotériste.

Il est des instants dans l’existence où un regard porté vers l’intérieur de soi donne des frissons. Qu’aurait été ma vie sans la démarche spirituelle entreprise il y a des années, d’abord timidement, puis totalement et résolument ?

Père de famille, amant d’une épouse aimante et fidèle, endetté, travailleur, je serais un homme parmi tant d’autres, perdant son temps dans des plaisirs imposés par notre société uniformatrice, perdant son temps, certes, mais heureux de cette simplicité de la vie qui fait de chaque souffle inconscient un pas certain vers un absolu néantisé, la mort. Je me serais, afin de tromper mon ennui, impliqué dans des activités extra-professionnelles, j’aurais sans doute commenté les matches de foot ou de tennis, je me serai tenu frémissant à l’approche des quelques jours de vacances annuelles octroyés par mon employeur… J’aurais été un marcheur dans la vallée des ombres de la nuit de l’âme, un marcheur parmi tant d’autres. J’aurais regardé la StarAc et toutes ces peines qui remplissent l’ennui de vivre et le dégoût de survivre dans une société aseptisée et froide, meurtrière et cynique. Je serais devenu alcoolique ou drogué de télé (je n’en étais pas loin), emprisonné dans le fantasme inutile d’une vie inutile que l’on croit emplie.

Mais dans ce tableau horrifique j’aurais été ce que je devais être.

Aujourd’hui, que suis-je ? Suis-je si différent de cet homme que j’aurais été ? La démarche spirituelle, ou hermétiste, m’a-t-elle apporté un plus, un mieux être ? Les grades, les initiations, les divers passages sous les bandeaux, dans les flammes de mon ego, dans l’eau de mes rêves assoupis, tout cela a-t-il fait de moi un homme meilleur ? Suis-je, aujourd’hui, l’antithèse de ce que j’aurais dû être ? Ou ne suis-je que le fantasme de cette image rêvée ? Que m’ont apporté les divers groupes avec lesquels j’ai travaillé sur moi ? Que m’ont apporté les lectures de ces ouvrages hermétiques, cryptiques, kabbalistiques ? La réponse est simple et double : une vison différente du monde, une sensibilité différente par rapport à ma relation avec les autres, avec moi-même, avec l’univers et les dieux; la perte de ma « sécurité sociale », du lien vulgaire que la société nous impose avec l’humanité et notre planète, la perte de ma famille, la chute… Rien n’est blanc ou noir, rien n’est gris non plus. La démarche spirituelle a coûtée beaucoup, elle a fait souffrir ceux que j’aime, elle m’a fait souffrir.

La démarche ésotériste ou spirituelle coûte, et je pense que c’est un avertissement qui n’est jamais assez donné aux aspirants, aux profanes frappant à la porte du temple, de l’oratoire… Penser que l’on puisse changer, modifier sa perception, passer les portes de la perception, est illusoire et naïf. Certains appellent cela l’oeuvre au noir, soit, j’appelle cela la chute de grâce, mais de la grâce factice de notre société marchande et mortifiante.

Aujourd’hui, je sais la différence, cette différence qui porte parfois le nom de « secret initiatique », cette différence qui nous permet de voir au-delà des apparences. Et je sais le prix que j’ai eu à payer pour cela.

Combien de fausses routes, de voies en cul-de-sac ai-je emprunté ? J’ai d’abord pensé que la Magie, la Magick, pourrait m’apporter l’essence de ce je recherchais. J’ai donc entrepris ce voyage pendant quelques temps. Mais, il faut bien l’avouer, ce sont les rencontres, les discussions, la pratique solitaire, le conflit qui m’ont apporté le plus dans ce domaine. Cette démarche m’a construite mais je ne suis pas un magicien, et je ne le serai jamais ! Et pourtant, cela m’en a appris plus sur la psychologie, sur moi-même et sur le monde que tout le reste. Le monde de la Magick est un monde de fous et d’illuminés gentils, avec de la chance, mais un monde égoïste et dur. J’y aurais appris l’homme et son ombre, la vie et la vision de ce qui est autre…

Ensuite, j’ai cherché dans la Franc-Maçonnerie une forme de cursus collectif dans le domaine de l’apprentissage spirituel et symbolique. Je suis passé sous le bandeau, j’ai reçu la Lumière, j’ai pris place sur les Colonnes, j’ai reçu mon augmentation de salaire, je dansais parmi les fous sur le damier bicolore et je pensais être un être d’exception. Je dissertais sur la non existence de Dieu, sur les mouvements sociaux, sur les jambes de la dernière soeur en visite dans l’Atelier, je servais et déservais les tables pour les FF et les SS. J’aimais ce que j’y voyais, j’aimais les cérémonies puissantes et émouvantes, ces psychodrames mensuels de l’âme et du corps. Mais, il faut bien le dire, en dehors de ces cérémonies, l’apport humain et intime était plutôt faible : les mêmes travers humains que dans le monde « profane », globalement une même petitesse bourgeoise des esprits, la même fuite en avant dans le fantasme. Symboliquement je n’ai appris durant les séances d’apprentissage, j’ai appris en laissant vivre mon coeur pendant les cérémonies. Parfois un Maçon m’illuminait par sa manière d’être, on lisait alors une forme de grandeur humaine, alors je pensais que la Franc-Maçonnerie pouvait être l’école de l’élévation de l’âme. Déception, toutefois, car en dehors de ces exceptions, l’humain y trop présent, l’on y divinise l’humain, on y cultive le fantasme de la perfection du franc-maçon et de la franc-maçonnerie, on y développe le particularisme qui peut facilement dégénérer en affairisme. La Franc-Maçonnerie a fait pas mal pour moi, car elle m’a démontré qu’elle n’est qu’un système des temps anciens, infecté par les mêmes poisons qui font que notre société crève à petit feu de notre égoïsme. Trois de mon atelier me prouvèrent toutefois que l’humanité n’avait pas encore désertée les colonnes. Mais c’est bien peu… Je ne nie pas ici que ce système puisse s’accorder à d’autres personnes. Mais mon avis personnel, et je ne fais que donner mon avis personnel au travers de ces lignes, est que cette usine à grades et cordons n’est pas faite pour moi. J’y ai perdu trop de temps et je me voyais mal accepter de me fondre dans un moule qui n’ose porter ce nom. En outre, mélanger morale et vertu initiatique m’est choquant ! Mes FF et mes SS m’ont jugé pour un choix de vie – divorcer en l’occurrence – et cela est inacceptable. Et pérorer pendant des heures sur le prix du pain, très peu pour moi, autant aller au café du commerce, au moins on peut y rigoler franchement !

Après une période crise, je suis entré en contact avec la Magie du Chaos et la Gnose. Ce furent deux outils, deux cheminements, illuminant à plus d’un titre. Voies individuelles, reformulations novatrices d’anciens préceptes, la Magie du Chaos et la Gnose me firent connaître l’entièreté de mon individualité. Ses travers, ses lumières, sa brièveté et son éternité, sa puissance et sa faiblesse. En dehors des sentiers battus de l’ésotérisme ancien et traditionnel, la Chaos me permet de vivre ce que je suis, de rectifier, de faire bouger les miasmes de ma psyché afin de les évacuer, parfois difficilement il est vrai. La Chaos n’est pas un nouveau système, mais un système renouvelé, rajeuni et raffermi – on dirait une pub pour amaigrissant – qui passe outre les illusions personnelles, les fantasmes et les dogmes sociaux, humains afin d’explorer en profondeur et sans faiblesse les recoins les plus sombres, les plus lumineux de mon être.

Il y a encore d’autres systèmes par lesquels je suis passé et que je ne décrirai pas ici. Tous m’ont apporté quelque chose de valide, de solide, d’éthéré et d’humain.

Mais rien, jamais, ne m’aura apporté plus que la Kabbale. Ce système fut pour moi la révélation de l’essence de mes recherches personnelles, spirituelles. Ailleurs, j’ai expliqué ce que la Kabbale avait changé dans ma vie et je n’y reviendrai donc pas.

Alors, donc aujourd’hui, émergent ces questions du fonds de mon âme : suis-je différent de ce que j’aurais été sans ces cheminements particuliers ? Sans aucun doute, mais je ne peux dire si je suis meilleurs ou non, j’ai plus de connaissances, j’ai plus d’expérience, certes, mais suis-je « autre » définitivement dans un modèle que l’on nomme « élévation spirituelle » ? Je ne le sais, et je pense qu’en fait cette question n’a pas de sens en soi, ce n’est qu’un déchet du vieux, du mort, une éruption normale et vivifiante de l’humain qui, sans cesse, demandera « qui suis-je, d’où viens-je et où vais-je ? »

A ce stade de ma vie, je sais seulement d’où je viens, ce que j’ai perdu, ce que j’ai gagné, je contemple la voie ouverte devant moi avec confiance et espoir. Mes démarches n’ont pas encore fait de moi « qui je suis » et ne me permettent pas encore d’y répondre. A la limite je préfère ne pas pouvoir répondre à cette question, car cela serait, sans doute, une petite mort de l’esprit. Je me vois donc comme une question ouverte, à jamais ouverte, palpitante, changeante et particulière…

Spartakus FreeMann, janvier 2006 vl

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Spartakus Freemann

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